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Full text of "La virginité stagnante"

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HoPE  CLARE 


UC  SOUTHERN  REGIONAL  LIBRARV  FACILITY 


AA    000  890  867    5 

LA 


Virginité  stagnante 


Traduction  de  E.  Armand 


Editions  de  l'en  dehors 

22,  cité  Saint-Joseph,  Orléans 


DEUXIEME   TRAGE 


Oilésnt.   —   Imp.   Coop.   La  LaboricB$t 


I-Iope     CUARE 


LA 


Virginité  stagnante 


Traduction  par  E.  ARMAND 


Deux  Dessins  de  H.  SCHNEIDER 


X 


LA 


Virginité  stagnante 


Durant  ces  dernières  années  on  a  prêté 
une  grande  attention  à  l'importante  question 
des  relations  sexuelles.  Des  centaines  de 
romans,  des  milliers  d'articles  peut-être  ont 
traité  ce  sujet,  à  tel  point  qu'il  semble  qu'il 
n'y  ait  plus  rien  à  dire.  Mais,  justement, 
a-t-on  dit  tout  ce  qu'il  y  avait  à  dire  ?  Est-ce 
que  les  écrivains  qui  se  sont  occupés  de  la 
question  ont  osé  présenter  le  problème  sous 
son  véritable  aspect  ?  Je  réponds  hardiment 
((  non  )).  De  nombreux  hommes  ont  formulé 
leurs  théories,  de  non  moins  nombreuses 
femmes,  d'une  plume  facile,  ont  brillam- 
ment effleuré  ce  sujet,  glissant  sur  les  faits 
réels  que  laissent  ignorer,  en  général,  leurs 
sœurs  souffrantes,  patientes,  solitaires. 
Mais  où  est  la  femme  célibataire  qui  a  jus- 
qu'ici osé  exprimer  tout  ce  qu'elle  pense, 
tout  ce  qu'elle  sent  sur  cette  question,  la 
primordiale  dans  sa  vie  ? 

En  tant  que  femme,  je  me  refuse  à  m'en- 
rôler  dans  cette  conspiration  du  silence. 
Dans  l'intérêt  de  mon  sexe,  qui  forme  ac- 
tuellement la  plus  grande  portion  de  l'hu- 
manité, je  suis  résolue  à  dire  tout  ce  que  je 
pense. 

Qu'on  me  laisse  commencer  par  cette 
affirmation  que  la  femme  morte  sans  avoir 
connu  l'amour  de  l'homme,  sans  avoir  eu  la 
chance  d'être  mère,  a  complètement  man- 
qué le  but  de  son  existence.  Je  maintiens 
que  la  vie  de  cette  femme-là  n'a  été  qu'un 


désappointement  torturant,  une  vie  de  myo- 
pie morale,  un  état  d'égarement  mental.  Je 
sais  que  des  centaines  de  femmes  proteste- 
ront contre  ces  assertions.  Elles  lèveront 
les  mains  vers  le  ciel,  indignées  qu'une 
femme  manque  ainsi  à  la  pudeur,  à  la  di- 
gnité de  son  sexe.  «  Nous  sommes  pleine- 
ment heureuses  —  énonceront-elles  avec 
conviction  et  selon  la  classe  à  laquelle  elles 
appartiennent  —  notre  emploi,  nos  travaux 
d'agrément,  notre  jardinage,  nos  œuvres 
sociales,  la  société  de  nos  amies  femmes 
font  notre  bonheur.  »  Ah  mes  sœurs, 
comme  vous  manquez  de  sincérité  !  Vous 
savez  bien  que  ce  bonheur  est  factice.  Vos 
travaux  d'aiguille,  vos  chats,  vos  chiens, 
vos  oiseaux,  vos  manies  ne  sont  que  trompe- 
l'œil  destinés  à  masquer  votre  ennui.  Et 
quant  aux  charmes  qu'offre  la  compagnie 
des  personnes  de  votre  sexe  —  eh  bien  ! 
qu'un  homme,  modérément  intéressant,  ne 
paraisse  qu'une  journée  sur  la  scène  :  vous 
verrez  alors  quelle  compagnie  vous  préfé- 
rerez. 

N'est-ce  pas  sain  et  naturel?  Nous  re- 
cherchons l'amitié  des  hommes  conformé- 
ment à  un  instinct  sexuel  indéracinable.  Ne 
sont-ils  pas  notre  complément,  ne  sommes- 
nous  pas  le  leur? 

Pénétrez  dans  un  compartiment  de  che- 
min de  fer,  dans  un  véhicule  utilisé  pour  le 
transport  en  commun,  il  ne  vous  sera  pas 
difficile  de  reconnaître  les  femmes  qui  sont 
célibataires  de  celles  qui  ne  le  sont  pas. 
La  femme  qui  «  vit  avec  quelqu'un  »  pos- 
sède un  regard  tranquille,  qui  contraste 
avec  l'expression  anxieuse  de  la  jeune  fille 
qui  ne  fréquente  aucun  homme  et  dont  les 
yeux  se  dirigent  vers  toute  personne  de 
sexe  masculin  qui  fait  son  apparition,  quel- 
quefois avec  un  air  de  vague  espérance,  le 


—  3  — 

plus  souvent  avec  une  morne  apparence  de 
désespoir. 

Mon  tableau  n'est  pas  forcé.  Il  est  exact 
pour  les  neuf  dixièmes  de  la  multitude  de 
femmes  seules  qui  peinent  quotidiennement 
pour  refouler  la  plus  impérieuse  et  la  plus 
aimable  de  toutes  les  émotions  humaines. 
Les  quelques  hommes  qui  vivent,  par  force, 
dans  un  état  de  chasteté  complète,  ne  dissi- 
mulent pas  leurs  désirs  aux  amis  de  leur 
sexe  :  ils  avouent  fort  bien  qu'ils  cherchent 
des  compagnes  et  n'en  éprouvent  aucune 
honte.  Mais  de  peur  d'être  prises  pour 
«  chasseuses  de  maris  »  ou  «  coureuses  » 
selon  le  cas,  les  femmes  cachent  et  s'effor- 
cent de  réprimer  leur  impulsion  si  naturelle; 
on  les  compte  par  milliers,  celles  qui  font 
un  effort  désespéré  pour  qu'on  ignore  le 
chancre  qui  dévore  leur  cœur. 

Essayez  de  vous  représenter  l'état  d'une 
personne  condamnée  à  vivre  de  croûtes  de 
pain  tandis  qu'elle  en  voit  d'autres  assises 
à  une  table  abondamment  servie  ;  imaginez 
cette  malheureuse  forcée  dès  son  enfance 
d'obéir  à  une  loi  qui  la  prive  de  la  nourri- 
ture saine  qui  convient  à  son  organisme  et 
à  qui  on  a  appris  à  féliciter  les  convives  sur 
leur  robuste  appétit  et  leur  joyeuse  pratique 
des  plaisirs  de  la  table. 

Telle  est  la  situation  de  la  «  femme  seule  » 
moyenne.  Une  faim  perpétuelle  la  dévore, 
une  soif  fiévreuse  la  consume  au  cours  des 
longues  années  où  elle  attend  l'amant  qui 
ne  vient  pas,  auquel  elle  s'est  donnée  pas- 
sionnément et  tout  entière  par  la  pensée. 
Sans  hésitation,  je  déclare  que  ces  paroles 
du  plus  beau  des  chants  d'amour  : 

Sur  ma  couche,  pendant  les  nuits, 

J'ai  cherché  celui  que  mon  cœur   aime; 

Je  l'ai  cherché  et  je  ne  l'ai  point   trouvé  (1), 

(1)  Gant  que  des  Caotiqu  ;s,  III,  1  .    =-"   — ç_  -  •: 


—  4  — 

reflète  la  pensée  de  centaines  de  mille  de 
vierges. 

J'ai  écrit  plus  haut  que  la  vierge  est 
moralement  et  mentalement  inévoluée  et 
incomplète.  La  plus  belle  de  ses  émotions 
demeure  inassouvie  :  dans  un  état  de  vir- 
ginité constante,  elle  risque  même  d'être 
atrophiée.  La  nature  a  planté  dans  le  cœur 
de  la  femme  le  désir  d'aimer  et  d'être 
aimée  ;  de  la  façon  la  plus  claire  possible, 
elle  a  prescrit  l'indispensabilité  d'exercice 
pour  tous  les  organes  du  corps.  Elle  a  doué 
la  femme  de  qualités  et  de  charmes  qui 
attirent  l'homme  ;  elle  l'a  pourvue  de  fonc- 
tions physiques  spéciales,  qui  ne  peuvent 
s'accomplir  qu'avec  l'assistance  masculine, 
ayant  pour  but  son  développement  féminin 
éthique,  mental,  corporel  et  la  perpétuation 
de  l'espèce.  La  femme  qui  est  écartée  de 
l'amour  et  de  la  maternité  par  les  exigences 
d'un  état  social  mal  compris  est  insexuée 
de  force  et  arbitrairement  rendue  contre 
nature.  On  reconnaîtra  avant  peu,  j'en  suis 
sûre,  que  le  célibat  stagnant  des  femmes 
est  plus  ruineux  dans  ses  effets  que  la  pros- 
titution. Le  système  de  mariage  en  vigueur 
actuellement  est  responsable  en  grande 
partie  de  la  plaie  célibataire  qui  nous  ronge. 

Journellement,  les  preuves  nous  sont 
fournies  des  maux  physiques  qu'engendre 
une  virginité  longue  ou  constante.  Le  man- 
que d'usage  affaiblit,  dérange  tout  organe. 
Seuls  les  constituants  pervertis  des  civilisa- 
tions décadentes  s'interdisent  l'exercice  des 

fonctions  sexuelles Les  primitifs,  sont  à 

cet  égard,  bien  plus  sages  que  les  civilisés. 
La  nature,  c'est  entendu,  punit  avec  la 
même  rigidité  et  l'abus  et  l'abstinence. 
Mais  est-elle  aussi  impartiale  en  réalité? 
Un  dissolu  peut  poursuivre  une  longue  car- 
rière de  débauche  sans  que  sa  santé  s'en 


—  5  — 

ressente  beaucoup  ;  mais  la  vierge  ne  s'en 
tire  pas  aussi  facilement.  L'hystérie,  la 
forme  la  plus  commune  de  maladie  chro- 
nique, est  le  résultat  presque  inévitable  du 
célibat  absolu  ;  on  la  retrouve  bien  plus 
fréquemment  chez  la  femme  que  chez 
l'homme,  et  les  spécialistes  les  plus  experts 
sont  en  majorité  d'accord  pour  reconnaître 
que  neuf  fois  sur  dix  la  continence  est  la 
cause  première  de  cette  affection.  La  mens- 
truation, qui  joue  un  rôle  tellement  impor- 
tant dans  la  vie  de  la  femme,  ne  s'accomplit 
pas  sans  troubles  chez  les  vierges.  Bien 
souvent  elle  s'accompagne  de  souffrances  et 
il  n'est  pas  rare  qu'elle  fasse  défaut.  L'alté- 
ration profonde  de  la  santé  qui  sévit  chez 
de  nombreuses  femmes  célibataires  n'a  pas 
d'autres  raisons  et  il  s'ensuit  de  très  graves 
inflammations  des  organes  de  la  reproduc- 
tion. L'état  de  célibat  est  un  état  morbide  : 
il  prédispose  le  corps  à  la  maladie  et  à  la 
souffrance.  L'anémie,  la  chlorose  sont  des 
résultats  fréquents  de  la  virginité  continue. 
Chaque  jour,  dans  les  rues,  vous  croisez 
les  victimes  de  cette  violation  de  la  nature, 
reconnaissables  à  leurs  visages  pâles  ou  au 
teint  jaune  terreux,  à  leurs  yeux  éteints,  à 
leurs  regards  sans  chaleur,  à  leur  pas  lourd, 
sans  souplesse.  Elles  ressemblent  à  des 
fleurs  qui  se  flétrissent  prématurément  faute 
d'un  soleil  vivifiant,  mais  qui  s'épanoui- 
raient et  prospéreraient  si  elles  étaient 
transportées  à  temps  dans  une  atmosphère 
d'amour... 

Après  de  longues  années  de  passion  ré- 
primée, un  amant  se  présente  et  la  vierge 
de  trente-cinq  ou  quarante  ans  s'accouple. 
Une  union  tardive  vaut  mieux  qu'un  célibat 
permanent  sans  doute,  mais  le  manque 
d'usage  a  laissé  sa  tare  sur  l'esprit  et  le 
cœur  de  la  femme.  A  trente  ans  le  caractère 


—  6   - 

est  fait  et  l'on  sait  que  «  les  vieilles  filles  » 
sont  rarement  compréhensibles  et  toléran- 
tes. C'est  en  effet  une  vérité  indiscutable 
que  l'expérience  sexuelle  est  l'un  des  plus 
grands  éducateurs  de  la  femme  qui  soit.  Je 
maintiens  qu'il  existe  une  différence  essen- 
tielle entre  la  mentalité  de  la  femme  vierge 
et  celle  de  la  femme  qui  ne  l'est  pas.  Les 
opinions  que  nourrit  la  vierge  sur  les  hom- 
mes et  la  nature  des  relations  sexuelles 
sont  nécessairement  vagues  et  conjectura- 
les ;  après  trente  ans,  il  est  excessivement 
probable  que  ces  suppositions  seront  aussi 
enracinées  que  des  idées  fixes.  Les  chances 
de  désillusion  et  de  désappointement  sont 
alors  aussi  grandes  pour  l'homme  que  pour 
la  femme  Si  l'homme  est  également  dépour- 
vu d'exférience  sexuelle,  les  chances  de  faire 
mauvais  ménage  sont  encore  plus  grandes. 
On  prétend  que  les  femmes  préfèrent,, 
comme  compagnons,  les  célibataires  aux 
veufs  (?)  —  mais  l'attraction  que  les  veuves 
exercent  sur  les  hommes  est  tellement 
notoire  qu'elle  suscite  la  jalousie  des  fem- 
mes seules.  Pourquoi  donc?  Parce  qu'ayant 
connu  l'homme  sexuellement,  elles  con- 
naissent la  nature  masculine,  ce  qui  lui 
plaît  et  lui  répugne,  ses  côtés  forts  et  ses 
points  faibles.  La  veuve  est  une  femme  qui 
a  passé  par  la  voie  qui  peut  lui  apprendre 
la  vérité  sur  l'homme  :  étroite  association 
d'intellect  et  de  corps.  Voilà  pourquoi  dans 
son  ((  Art  de  prendre  femme  »  Mantagezza 
dit  de  la  veuve  que  si  elle  ne  peut  offrir  à  son 
compagnon  la  fleur  virginale  (qui  après  tout 
est  davantage  un  mythe  qu'un  joyau  réel), 
elle  peut  lui  apporter  tous  les  trésors  de  ses 
expériences  amoureuses,  ce  qui  vaut  sou- 
vent davantage  que  cent  virginités. 

A  l'âge  de  35  ans,  la  virginité  prolongée 
tend  à  rendre  la  femme  impropre  aux  res- 


ponsabilités  physiques  de  la  cohabitation^ 
On  ne  peut  s'attendre  d'un  homme  qui  a 
vécu  d'une  existence  inactive  jusqu'à  trente- 
cinq  ans  qu'il  fasse  soudainement  montre 
d'une  force  musculaire  vigoureuse.  On  ne 
peut  pas  plus  s'attendre  à  ce  qu'une  femme 
dont  la  fonction  sexuelle  est  demeurée  sans 
exercice  jusqu'à  trente  ou  quarante  ans  soit 
apte  à  remplir  normalement  le  rôle  d'une 
compagne  ou  d'une  mère.  L'amativité  —  si 
jamais  elle  a  existé  —  aura  complètement 
disparu  par  manque  d'assouvissement  nor- 
mal. Dans  le  cas  d'une  femme  frigide-née, 
il  est  de  toute  probabilité  que  la  sensibilité 
sexuelle  sera  totalement  absente.  Sans 
doute,  une  telle  femme  pourra  aveuglément 
se  jeter  dans  les  bras  d'un  jeune  compagnon 
ardent,  de  cinq  à  huit  ans  plus  jeune  qu'elle^ 
mais  il  est  bien  rare  que  l'un  et  l'autre  reti- 
rent du  bonheur  de  leur  réunion.  Or,  les 
conditions  de  la  vie  sociale  et  économique 
actuelle  tendent  de  plus  en  plus  à  reculer 
le  mariage  jusqu'à  ce  que  soient  éteintes  la 
flamme  et  la  vigueur  de  la  jeunesse. 

Mes  lecteurs  n'ignorent  pas  que  légale- 
ment l'incapacité  de  l'homme  à  consommer 
le  mariage  est  une  raison  de  divorce  ou 
d'annulation,  mais  il  est  arrivé  à  beaucoup 
d'hommes  qui  ont  épousé  des  vierges  mûres 
de  rencontrer  chez  leurs  femmes  une  im- 
puissance plus  ou  moins  grande.  Le  stimu- 
lant naturel  permet  en  général  aux  organes 
débilités  de  la  reproduction  de  regagner  par 
la  suite  leur  sensibilité  ;  dans  des  cas  nom- 
breux, par  contre,  trop  de  femmes  ont 
appris,  à  leurs  dépens,  que  la  continence 
sexuelle  est  une  cause  d'union  malheureuse, 
non  seulement  au  début  mais  pour  tout 
le  temps  qu'elle  durera. 

J'ai  donné  la  première  place  à  l'aspect 
physiologique  de  la  virginité  trop  longtemps 


—  8  — 

prolongée  considérée  au  point  de  vue  de 
l'union  sexuelle,  parce  que  c'est  un  sujet 
que  les  femmes  refusent  d'aborder.  C'est 
une  erreur  grave  et  c'est  la  source  de 
maintes  misères  dont  mon  sexe  est  affligé. 
Pourquoi  donc  appartiendrait-il  à  l'homme 
seulement  de  connaître  ce  qui  a  trait  à  un 
fait  aussi  important  que  le  fait  sexuel  ?  En 
fermant  les  yeux,  en  permettant  à  autrui  de 
nous  en  obscurcir  la  connaissance,  nous 
faisons  injure  à  nos  revendications  d'intel- 
ligence pour  le  moins  égale  à  celle  de 
l'homme. 

((  Tout  ceci  est  bel  et  bon  —  répliqueront 
peut-être  certains  de  mes  lecteurs  —  nous 
reconnaissons  qu'un  trop  grand  nombre  de 
femmes  sont  grossièrement  lésées  par  un 
célibat  contre  nature.  Mais  qu'y  faire?  Il  y 
a  eu,  il  y  aura  toujours  une  proportion 
notable  de  femmes  seules.  Ne  feraient-elles 
pas  mieux  de  se  résigner  à  l'inévitable,  de 
se  créer  un  bonheur  de  seconde  main  qu'on 
peut  facilement  rencontrer  dans  l'activité  de 
la  vie  journalière?  Tant  de  sphères  utiles 
sont  ouvertes  à  la  femme  aujourd'hui  !  Au 
pis  aller,  ne  pourraient-elles  se  consacrer 
aux  familles  de  leurs  frères,  de  leurs  sœurs 
qui  ont  des  enfants?  Elles  trouveraient  là 
une  magnifique  occasion  d'exercer  leurs 
capacités  d'affection  désintéressée.  » 

Mes  bons  amis,  vous  offrez  une  pierre  à 
la  place  de  pain.  Le  cœur  d'une  femme 
aspire  à  des  enfants  qu'elle  ait  mis  au 
monde  elle-même.  Pourquoi  la  femme  se 
résignerait-elle  à  ce  bonheur  d'occasion, 
alors  que  la  nature,  l'infaillible  guide,  indi- 
que le  vrai,  le  seul  remède,  et  nous  invite  à 
en  faire  hardiment  usage  ?  La  «  loi  non 
écrite  »  de  la  société  actuelle  prescrit  que 
toute  femme  non  mariée  doit  rester  dans  un 
■état  de  chasteté.  Comme  tant  d'autres  des 


—  9  — 

conventions  morales,  celle-ci  est  vile,  contre 

nature,  cruelle  au  plus  haut  degré Si 

on  enseignait  aux  jeunes  filles  à  subvenir  à 
leurs  propres  besoins,  à  être  libres  et  indé- 
pendantes économiquement  ;  si  dès  l'en- 
fance, on  leur  apprenait  à  considérer  le 
don  futur  d'elles-mêmes  comme  une  action 
naturelle  et  légitime,  dépendante  seulement 
de  leur  bon  vouloir,  combien  serait  diffé- 
rent l'état  des  choses La  chasse  aux 

maris  cesserait  ;  il  y  aurait  très  peu  d'unions 
permanentes,  car  de  nombreuses  femmes 
comprennent  les  avantages  d'unions  qui  se 
peuvent  facilement  dissoudre  ou  renouve- 
ler. Nombre  de  femmes  énergiques,  après 
avoir  satisfait  aux  exigences  fondamentales 
de  leur  nature,  se  consacreraient  à  une  pro- 
fession, à  une  activité  indépendante.  Si  la 
maternité  survenait,  combien  chère,  incom- 
mensurablement  chère,  deviendrait  alors  la 
vie  de  ces  femmes-là? 

Est-ce  que  je  revendique  pour  la  jeune  fille 
le  droit  d'avoir  des  amants  et  d'occuper  dans 
((  la  société  »  la  même  situation  que  la 
femme  soi-disant  chaste  ?  Absolument.  Il  y  a 
des  milliers  de  femmes  —  des  millions  peut- 
être  —  qui  ne  peuvent  se  marier.  Au  nom 
de  l'humanité,  qu'elles  aient  des  amants  et 

des  enfants  si  ça  leur  convient Céder 

à  l'homme  qui  lui  plaît  est  aussi  naturel  pour 
une  femme  que  la  venue  de  ses  dents  de 
sagesse  ou  le  développement  de  son  buste. 

Il  y  a  un  moment  dans  la  plupart  des 

vies  de  jeunes  filles  où  la  virginité  aspire 
en  tremblant  à  se  donner,  à  se  mélanger  à 
une  autre  vie,  à  créer  une  vie  nouvelle. 
C'est  pour  une  femme  le  moment  idéal  du 
don  de  soi. 

L'aspiration  à  l'amour  de  l'homme,  à  une 
progéniture  comme  conséquence  de  cet 
amour,  voilà  l'héritage  de  la  femme.  Aussi 


10 


longtemps  que  les  femmes  seront  privées 
du  «  droit  »  de  satisfaire  ces  deux  aspira- 
tions —  qui  n'ont  rien  à  voir  avec  l'accident 
du  «  mariage  »  —  elles  resteront  inférieu- 
res, mutilées,  incomplètes.  Depuis  des  siè- 
cles, la  loi  despotique  de  la  virginité  obli- 
gatoire tient  esclave  notre  féminité.  Le 
temps  n'est-il  pas  venu  de  nous  libérer  de 
ce  lien  infamant  ? 

J'entends  un  partisan  de  l'état  actuel  des 
relations  sexuelles  s'écrier  :  «  Promiscuité  !  » 
d'un  air  alarmé.  Promiscuité?  Y  a-t-il  un 
système  de  relâchement  sexuel  qui  pourrait 
être  pire  que  l'actuel?  Considérez  donc  s'il 
vous  plaît,  sans  sortir  de  mon  pays,  Lon- 
dres, Liverpool,  toutes  les  villes  de  la 
Grande-Bretagne,  toutes  les  colonies  an- 
glaises. Vous  y  verrez  étalés  les  exemples 
de  la  promiscuité  véritable  sous  la  forme  de 
prostitution  de  lafemme.  Et  il  en  estde  même 
dans  toutes  les  contrées  «  civilisées  ».  Y  a-t-il 
au  monde  une  forme  plus  noble  d'amour  que 
la  réunion  pure,  sérieuse,  désintéressée  d'a- 
mants attirés  l'un  vers  l'autre  par  une  attrac- 
tion mentale  et  physique?  Quel  homme  ou 
femme  d'esprit  sain  confondrait  ces  deux 
systèmes  tellement  opposés  dans  leur  es- 
sence? Quel  homme,  quelle  femme  ayant 
médité  sur  la  question  nierait  que  le  célibat 
obligatoire  de  la  femme  et  la  prostitution 
sont  des  fléaux  inséparables,  jumeaux? 

Le  temps  vient,  il  est  même  à  notre  por- 
tée où  toute  vierge  pourra  tendre  les  mains 
vers  l'homme  qui  l'attire  et  lui  dire  :  ((  Mon 
ami,  nous  nous  aimons.  Toute  ma  vie  jus- 
qu'ici a  été  une  recherche  pour  toi,  mon 
bien-aimé,  mon  autre  moi-même.  Je  suis 
tienne,  prends-moi,  absorbe-moi  en  toi  ou 
je  meurs  ». 


^■^^r^ 


Un  grand  nombre  de  Préjugés  régnent  à  l'endroit 
de  l'Individualisme  considéré  au  point  de  vue  anarchiste 
Pour  les  dissiper,  prociirez-vous  et  répandez  dos  Tracts  et  dos  Brochores 

par  E.  Armand  franc* 

La  Valeur  et  conséquences  de  son  abolition.  0  25 

Mon  p' de  vue  de  l'anarchisme  individualiste  0  15 

L'anarchisme  comme  vie  et  comme  activité.  0  iO 

Les  ouvriers,  les  syndicats,  les  anarchistes.  0  20 

La  vie  comme  expérience.  Fierté 0  20 

La  procréation  au  p*  de  vue  individualiste .  »  »» 
Les  besoins  factices,  les  stimulants  et  les 

individualistes 0  10 

A  vous,  les  humbles  (placard  pap.  couleur)  0  20 
Le  plus  grand  danger  de  l'après-guerre  .  0  25 
Lettre  ouverte  aux  travailleurs  des  champs  0  25 
L'IUégalisme  anarchiste,  le  mécanisme  judi- 
ciaire et  le  point  de  vue  individualiste.  .  0  30 
Amour  libre  et  Liberté  sexuelle.  Entretien 

sur  la  liberté  de  l'amour 1  05 

Mon  athéisme 0  15 

Est-ce    cela    que    vous    appelez    «  vivre  »  ? 

La  Ruse.  L'en  dehors  (en  français  et  ido)  0  15 

L'ABC  de  nos  revendications  individualistes  0  10 

Qu'est-ce  qu'un  Anarchiste  ?          0  35 

par  Benj.  R.  Tucker 

Ce  que  sont  les  anarchistes  individualistes.  0  10 

par  Voltairine  de  Cleyre 

L'idée  dominante  (Edition  augmentée).   .    .  0  20 

par  Albert  Libertad 

La  joie  de  vivre 0  20 

par  Gérard  de  Lacaze-Duthiers 

Les  vrais  révolutionnaires,  (en  français  et  ido)  0  10 

par  Alba  Satterth'waite 
Le  Grand  Fléau  :  Le  Christianisme.  Si  j'étais 

Dieu 0  10 

par  Pierre  Chardon 

Ce  qu'est  la  patrie 0  20 

"  Notre  "   Individualiste    (texte   français   et    Mo), 

"  Pour  la  fin  de  la  guerre"  Programme  d'action  .  0     10 

les  30  brochures  ou  tracts  franco  :  fr.  3.i0  (sous  enveloppe  :  4  francs) 
Collections 

par  delà  la  mêlée,  n"*  21  à  42  ;  la  mêlée,  n"  31  et  32  ;  l'en 

dehors  du    début   au   n"  60,    en  tout   60   exempl  ,  envoi 

recommandé 20    » 

Cartes  postales,  la  série  de  10 1     » 

—               (5  séries) 4    » 

Piqûres  d'aiguilles,  10  feuilles  (140  textes)  1     » 


Stirner,  Tucreh,  Mackay.  —  Contre  l'Etat, 

sa  morale,  son  enseignement iraraltr» 

Labadik.  —  L'anarchisme  :  Ce  qu'il  est  etce 
qu'il  n'est  pas — 

E.  Armand.  —  Fleurs  de  Solitude  et  Points 

de  Repère — 

—  Pour  te  faire  réfléchir  ...     — 

—  Ainsi  chantaitun  «  en  dehors  ))     — 

—  les  Illégaux,  pièce  en  3  actes    — 
E.  Arm/vnd.  —  L' Initiation  Individualiste 

anarchiste,  envoi  recommandé.     8  40 

—  —  Sous  les  verrous  (poèmes) .     »     )> 

—  —  Où  il  est  question  de  l'illéga- 
lisme  anarchiste,  de  l'affaire  des  Bandits 
tragiques,  de  «  Chez  les  Loups  »,  etc.    .     0  20 

Darrow(C1.) — Quijugeralecriminer/(les2).     0  10 
Goldman  (Emma).  —  La  Tragédie  de  l'éman- 
cipation féminine 0  20 

E.  Armand.  —  A   Vencontre   du  bon  sens, 

thèse  en  un  acte 0  6& 

—  Variations  sur  la  volupté  .    .     0  6î> 

—  Le  refus  de  service  militaire 

et  sa  véritable  signification 0  20 

A.  LiBERTAD.  —  Ultime  Bonté 0  40 

Camille  Spiess.  —  L'amour  Platonique  .    .     0  30 

Si  voua  n*a.vez  paa  In  encore  : 

L'INITIATION  INDIQIQUflLISTE  ANARCHISTE 

Qu'est-ce  qu'un  anarchiste  ? 

L'fl  B  C  de  «  nos  >  revendications  individualistes  anarciiistes 

voua  ignorez  tont 

du  moutremeni  individu a.liaie. 

Envoi    du   tout    contre  8  fr.   50  recommandé 
(extérieur  8  fr.  75). 


Edition  de  Ven  dehora 

bi-mensuel 

ABONNEMENTS  :  un 
an  :  ô  francs  (Extérieur  : 
8  fr.  25. 

25  cent,  l'exemplaire  (tout 
numéro  antérieur  au  cou- 
rant :  0  fr.  40). 

S'adresser  pour  tous  ren- 
seignements à  E.  Armand, 
22,  cité  St- Joseph,  Orléans.